Contrairement aux craintes répandues d’un prétendu effet passerelle entre la cigarette électronique et le tabagisme, de nombreuses études scientifiques et académiques internationales démontrent le contraire. Des recherches menées par des institutions prestigieuses comme l’Inserm ou l’Université de Victoria révèlent que non seulement cet effet n’existe pas, mais que la vape pourrait même éloigner les jeunes du tabac traditionnel.
Qu’est-ce que l’effet passerelle tant redouté ?
L’effet passerelle est une théorie épidémiologique qui suggère que la consommation d’un produit mène inévitablement à l’usage d’un autre, généralement considéré comme plus nocif. Dans le cas présent, cette théorie voudrait qu’un jeune se dirige automatiquement vers les cigarettes traditionnelles après avoir expérimenté les cigarettes électroniques.
Cette théorie a pourtant été remise en question par plusieurs études internationales, menées par des universités prestigieuses (San Diego, Victoria) et des instituts reconnus comme l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ou l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives).
Les études françaises contredisent l’effet passerelle
En 2017, l’Inserm a conduit une étude d’envergure auprès de 44 000 jeunes de 17 et 18 ans pour évaluer précisément combien d’adolescents auraient commencé à fumer après avoir essayé la cigarette électronique. Les résultats sont sans appel : parmi les 5 616 jeunes ayant déjà vapoté, seulement 18,7% sont devenus fumeurs, contre 46,3% des 18 495 jeunes qui ont d’abord fumé avant de vapoter.
L’institut a ainsi conclu qu’il existait 42% de risques en moins qu’un adolescent devienne un fumeur régulier s’il avait uniquement expérimenté la vape.
Une autre étude statistique française publiée en 2020 dans la revue Drug and Alcohol Dependance arrive aux mêmes conclusions. Menée par cinq chercheurs français issus de l’Université Paris-Sud, l’Université Paris-Saclay et la faculté de médecine UVSQ, avec l’appui de l’Université de San Diego et partiellement financée par la Ligue contre le Cancer, cette recherche a analysé 39 115 jeunes.
Les résultats montrent que seulement 16,8% d’entre eux avaient essayé la cigarette électronique, contre 34,1% qui ont directement commencé par fumer des cigarettes de tabac. Les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient uniquement vapoté présentaient 38% de risques en moins de devenir des fumeurs réguliers.
Les études internationales confirment l’absence d’effet passerelle
L’Université de Victoria au Canada a présenté en 2017 les résultats d’un projet de recherche financé par l’Institut Canadien de Recherche sur la Santé intitulé « Clearing the air around e-cigarettes ». Ce projet a impliqué l’analyse de pas moins de 170 études et 1622 articles provenant de 15 bases de données différentes.
Après avoir comparé les taux de tabagisme des États américains autorisant ou interdisant la vente de cigarettes électroniques, la directrice de recherche, Marjorie MacDonald, a conclu que « les craintes d’un effet passerelle sont injustifiées et exagérées ». L’équipe de recherche a observé que les États où les adolescents avaient accès aux e-cigarettes présentaient un taux de tabagisme plus faible. En d’autres termes, plus les cigarettes électroniques sont accessibles, moins les adolescents fument de cigarettes traditionnelles.
- Dans les États avec accès aux e-cigarettes : baisse du taux de tabagisme chez les jeunes
- Dans les États avec restrictions sur les e-cigarettes : maintien ou hausse du tabagisme traditionnel
L’expérience néo-zélandaise et américaine
Une enquête menée par la Coalition of Asia Pacific Tobacco Harm Reduction Advocates (CAPHRA) auprès de 26 000 étudiants néo-zélandais a révélé que les jeunes non-fumeurs ne se mettent généralement pas à vapoter. Nancy Loucas, coordinatrice exécutive de la CAPHRA, indique que « les taux de vapotage sont peut-être en hausse, mais ce sont surtout des jeunes qui fumaient en premier lieu […] la vape n’attire pas les non-fumeurs […] alors que beaucoup peuvent essayer, très peu deviennent des vapoteurs réguliers ».
L’étude a montré que seulement 3% des jeunes vapoteurs réguliers n’avaient jamais fumé auparavant, ce qui suggère une absence totale d’effet passerelle.
À San Francisco, une étude de la Yale School of Public Health (YSPH) publiée dans JAMA Pediatrics a démontré que l’interdiction de vente d’e-liquides aromatisés mise en œuvre en 2019 n’avait fait qu’augmenter le taux de tabagisme chez les lycéens de la ville. En 2017, le taux de tabagisme des 100 000 lycéens de San Francisco avait chuté à 4,2%, mais il est remonté à 6,2% en 2019. Pendant ce temps, les autres districts californiens non concernés par cette interdiction présentaient un taux de tabagisme chez les jeunes de seulement 2,8%.
L’étude britannique confirme : la vape fait concurrence au tabac
Une étude internationale publiée en septembre 2023 dans la revue scientifique Public Health Research, menée par l’Université Queen Mary de Londres et financée par le National Institute of Health and Care Research (NIHR), a également conclu qu’il n’existait aucun effet passerelle entre la vape et le tabac.
En comparant les données officielles du Royaume-Uni, de l’Australie et des États-Unis – pays aux politiques radicalement différentes concernant la cigarette électronique – les chercheurs ont conclu que la vape ferait concurrence à la cigarette plutôt que de servir de porte d’entrée.
L’étude avance qu’en dix ans, les jeunes sont aujourd’hui deux à trois fois moins susceptibles de fumer qu’auparavant. Ce phénomène se vérifie particulièrement au Royaume-Uni où la position favorable envers la cigarette électronique a conduit à une diminution considérable et rapide du nombre de fumeurs et des ventes de cigarettes traditionnelles, bien plus marquée qu’en Australie (profondément anti-vape) et aux États-Unis (aux politiques divergentes selon les états).
- Royaume-Uni (pro-vape) : forte diminution du tabagisme
- Australie (anti-vape) : diminution plus lente du tabagisme
- États-Unis (politiques mixtes) : résultats variables selon les états
Quand l’interdiction des arômes favorise le retour au tabac
La principale auteure de l’étude de San Francisco, le Dr Abigail S. Friedman, a constaté que les jeunes de cette ville avaient deux fois plus de risques de fumer depuis l’interdiction des arômes dans les produits de vapotage.
Elle reconnaît que « les arômes sont la principale motivation des jeunes à commencer à vapoter, mais elle est convaincue qu’ils sont aussi la raison qui pousse les jeunes à choisir la vape au détriment du tabac, et qui les incite même à ne pas basculer un jour de la vape vers le tabac ».
Une enquête de Yong Yang publiée dans Addictive Behaviour Report confirme cette hypothèse en montrant une hausse relative de plus de 35% de fumeurs supplémentaires chez les 18-25 ans suite à l’interdiction du vapotage avec arômes.
Conclusion : un effet passerelle inexistant
Après l’examen de toutes ces études internationales, la réponse à la question « existe-t-il un effet passerelle entre la cigarette électronique et le tabagisme ? » apparaît clairement négative. Les recherches montrent non seulement un effet passerelle inexistant, mais suggèrent même que la cigarette électronique pourrait contribuer à diminuer le taux de tabagisme dans les pays où elle est mise en avant comme alternative pour inciter les fumeurs à se sevrer.
Ces données scientifiques solides devraient être prises en compte dans l’élaboration des politiques publiques concernant la cigarette électronique, particulièrement face aux propositions d’interdiction comme celle des puffs portée récemment en France par la députée écologiste Francesca Pasquini.